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Maertaugh
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Inscrit le: Ven 1 Mai 2009, 13:43 Âge: 51 Messages: 4
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 L'arrivée
A mon arrivée, par le hublot, j’avais vue sur les longues étendues sableuses clairsemées de points sombres. Alors que la navette amorçait son « aMarssage », j’avais observé quelques silhouettes qui se déplaçaient. Certaines étaient assez allongées, ressemblant à des voitures des années 1940 blindées et transportant je ne sais quels trésors. D’autres à coté ressemblaient à des petites fourmis, ou de gros carrés sur roues. Ces dernières tournaient en rond sur elle même, avançant par pointillés suivant un schéma obsolète. J’avais aussi aperçu au travers de nuées de sables de grandes constructions imprécises aux formes pyramidales ou encore parallélépipédique. Le tout donnait une impression de fantômes sans âges oeuvrant pour je ne sais quelle quête utopique.
Dans le spatioport, le vent s’insinuait partout, entêtant, couvrant les râles et les toux des passagers qui m’accompagnaient. Vivaldi et ses quatre saisons terminaient de saturer le bruit ambiant à grand coups de quatuor à cordes. Les agents de la firme, dans leurs costumes etriqués et à la mine plus que pathibulaire, m’avaient accueillis à grands coup de mains et de grognements incompréhensibles pour me faire avancer. L’odeur de transpiration, de caoutchouc, de métal, de graisse et vielle friture m’avait soulevé le cœur. J’avais rendu par dessus la passerelle qui menait au guichet de contrôle, le substitut de ragout qu’on nous avait servi dans la navette. Devant moi, un petit chauve, à la barbe imposante et au ventre proéminant se tenait les côtes éructant un rire de dément. Puis il me fit un clin d’œil et un grand sourire. Je détournai les yeux avant qu’une seconde nausée compresse mon estomac. J’avais l’impression d’être un animal qu’on menait à l’abattage, qui avait fait ce choix et qui l’acceptait comme sa destinée.
L’homme derrière son guichet apposa un tampon sur mon passeport, le laissa tomber dans un tiroir, me jeta une liasse de brochure, un passe magnétique et me dit « Voilà votre carte identificatrice officielle de terraformeur. Vous disposez d’un crédit de 50 000 témis, faites en bon usage ». Puis sans me regarder il jeta un « SUIVANT ». Mon voisin de derrière me bouscula, préssé lui aussi d’en finir avec son ancienne vie. Je franchis la barrière, et jetai un coup d’œil dans la verrière face à moi. Mars enfin. Mars, ma nouvelle patrie, mon nouvel idéal, ma nouvelle vie. La nuit était tombée sur la Rouge.
Le vent martelait toujours le spatioport soulevant parfois de petites pierres qui cognaient contre les paroies métalliques. J’aperçus un panneau avec la répartition des lieux de vie. La Firme dans sa grande mansuétude m’avait attribué un Bunker dans la zone « LOTIS». Mon transport vers cette zone était prévu dans une demi heure environ. Du temps à tuer. Je jetai un coup d’œil sur la liasse de brochure que m’avait donné l’employé : « Liste des syndicats recruteurs ». Ca commençait bien. Jusqu’ici on était en pleine philosophie économique rentabiliste, encore même plus qu’ailleurs. Je froissais rageusement la brochure et la jetait dans la poubelle qui débordait déjà. J’aurai vendu mon âme pour une bière. La seconde brochure à l’entête de la Firme était un bel exemple de propagande type. La conclusion en était le point d’orgue: « vivre pour travailler et non travailler pour vivre ». Tout un programme.
Je m’assis à même le sol, et somnolait en attendant l’heure du transport. Un homme en uniforme beugla mon nom et m’invita assez sommairement à enfiler un scaphandre usé et à monter dans un « Betrayal ». Au bout d’un moment interminable, l’employé me jeta littéralement dehors, pointa d’un doigt la direction d’une construction ronde métallique : Mon bunker . Le véhicule repartit dans un nuage de sable qui mourut sur mon scaphandre. Mon bunker portait bien son triste nom : une pièce ronde, quasiment nue, conçue pour que rien ne se perde. Le seul luxe étaient un écran au dessus des toilettes et une affiche de propagande de la Firme avec son désormais trop célèbre slogan. Pièce sommaire, accueil sommaire, vie spartiate et répétitive. « Mars la seconde chance » était finalement pire que la seconde chance qu’on offrait dans la légion étrangère sur Terre.
Je pris une douche et m’allongeait épuisé. Assailli par des rêves de désert et de déshydratation je n’étais pas reposé lorsqu’un BIP fit faire un bond a mon cœur. Le Voxterm situé face au lit clignotait en orange et indiquait l’heure. Charmant le réveil. J’avais été briefé sur ma grande mission au sein de cette merveilleuse aventure qu’était la terraformation de Mars. Creuser et transformer le minerai en air et en eau. Le tout sous un climat plus qu’hostile avec des relents de fantômes massacreurs.
Mars : mon nouveau chez moi .
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